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David Shaw and the Beat

crédits photo Marine Keller

Trois Marc ont compté plus que tout pour David Shaw : Marc Bolan de T.Rex, Marc Almond de Soft Cell et Mark Hollis, regretté leader de Talk Talk. Leur talent de songwriters, d’interprètes mais aussi leur goût pour une certaine théâtralisation de la musique vont le marquer à jamais. Après avoir grandi en Angleterre avec une guitare entre les mains, c’est à Paris où il emménage adolescent qu’il commence à mettre au point sa fusion diabolique entre rock et techno, d’abord sous le pseudonyme de Siskid aux platines du Pulp. Dans le club lesbien mythique des Grands Boulevards, il rencontre Arnaud Rebotini, Ivan Smagghe, Jennifer Cardini, Chloé, mais aussi d’illustres compatriotes britanniques comme Trevor Jackson ou Andrew Weatherall avec lequel il partage une immense culture musicale. Quand on est natif de Manchester, fusionner rock et musiques électroniques c’est une figure imposée ! Il n’y a bien qu’en France d’ailleurs qu’on les a si longtemps opposés.

Mais le Pulp ferme et David se cherche une identité, quelque part entre le dancefloor et les guitares. Il sera de l’aventure Black Strobe avec Arnaud Rebotini avec à la clé un beau succès pour le titre « I’m a man » et un live brûlant aux Trans Musicales de Rennes en 2012 et co-fondera son premier label, Meant Records. Fort de ces deux expériences, il décide de voler de ses propres ailes et fonde avec Charlotte Decroix, Her Majesty’s Ship, un label pour incarner tous ses désirs. Avec So It Goes, il donne naissance à David Shaw and The Beat, premier témoignage solo qui excelle dans l’art de la pop électronique déviante et diablement dansante. Si le disque a été très bien accueilli à sa sortie, il aurait mérité une bien plus large exposition tant il renfermait des petites bombes dangereusement addictives. Il va aussi former Cardini & Shaw, un tandem éphémère dont le maxi Keep Me Hanging, en hommage à culture ballroom et au voguing, est un bijou de musique club au groove irrésistible qui n’oublie pas que le dancefloor est le lieu de l’émancipation. Pendant ce temps, la famille HMS Records s’agrandit : La Mverte, SR Krebs, Yan Wagner, Rubin et le Paradoxe… mais c’est avec DBFC que David Shaw trouve enfin une forme d’équilibre artistique et peut commencer à profiter de tout ce qu’il a mis en place. Avec son complice Dombrance, qui l’a accompagné sur ses premiers lives en solo, il imagine des morceaux où guitares et machines se fondent dans un magma psychédélique et jubilatoire, qui ravit les foules nombreuses qu’ils croisent sur les scènes aux quatre coins du pays.

La longue tournée de DBFC a bien trop retardé le retour de David Shaw et de son Beat, mais Shaw est aujourd’hui un artiste au charisme enjôleur, doublé d’un chanteur accompli. La première date de son nouveau live à La Boule Noire quelques jours avant le confinement l’a d’ailleurs impeccablement démontré. Cette année il revient donc avec un album publié en deux volets : Love Songs With A Kick où il continue d’explorer ses thèmes de prédilection : l’amour et son inévitable revers, le chagrin d’amour, le cul, la danse en portant son regard critique sur la société. S’il s’éloigne un petit peu des rivages du dancefloor, c’est pour mieux affirmer un songwriting dont les racines multiples plongent dans plus d’un demi-siècle d’histoire du rock’n’roll. Avec son timbre éraillé, David Shaw n’a pas son pareil pour exorciser la mélancolie voire la colère d’un artiste qui doute mais qui ne se soucie plus de savoir dans quelle case on le range : la sienne ! 

Antoine Dabrowski

Le dernier clip de ‘Please Please Please’ :

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